A la muse d'Alexandre Blok.

A la muse d'Alexandre Blok.
Tes chants les plus secrets révèlent
Le présage fatal de la mort,
L'anathème des lois sacrées,
Et l'outrage fait au bonheur.

Et ta force est irrésistible,
Je l'affirme avec la rumeur :
Tu as fait déchoir des anges
Pris au piège de ta beauté...

Et lorsque tu railles la foi,
Au-dessus de ta tête, soudain,
Luit, blême, le cercle gris-pourpre
Que j'ai vu luire autrefois.

Méchante ? Bonne ? Tu es autre.
On te dit avec des mots savants :
Pour d'aucuns, tu es Muse et miracle.
Et pour moi tourment et enfer.

# Posté le jeudi 21 mai 2009 09:31

" Je compare Lang à l'architecte qui contrôle chaque détail pour que celui-ci s'inscrive sans défaut dans un ensemble prévu." Joseph Ruttenberg, à propos de Fritz Lang.

" Je compare Lang à l'architecte qui contrôle chaque détail pour que celui-ci s'inscrive sans défaut dans un ensemble prévu." Joseph Ruttenberg, à propos de Fritz Lang.
" La spontanéité est le but de tout metteur en scène. C'est peut-être parce que j'ai appris mon métier dans un pays ou l'on accorde la plus grande importance au détail que je prétends fonder la spontanéité sur un perpétuel souci de détail. Le pouce de l'auto-stoppeur qui négligemment essaye d'arrêter une voiture, le mouvement de poignet qui vide le verre et réclame un autre au barman, un visage bronzé entouré de cheveux défaits par le vent, ces choses sont le fruit d'un long effort. Au cinéma, la spontanéité, comme l'atmosphère, ne peut naître due d'une accumulation de détails. "

Fritz Lang.

# Posté le jeudi 30 avril 2009 14:09

Cinquième promenade de Jean-Jacques Rousseau.

Cinquième promenade de Jean-Jacques Rousseau.
Quand le soir approchait; je descendais des cimes de l'île et j'allais volontiers m'asseoir au bord du lac sur la grève dans quelque asile caché; là le bruit des vagues et l'agitation de l'eau fixant mes sens et chassant mon âme toute autre agitation la plongeaient dans une rêverie délicieuse ou la nuit me surprenait souvent sans que je m'en fusse aperçu. Le flux et reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser. De temps à autre naissait quelque faible et courte réflexion sur l'instabilité des choses de ce monde de la surface des yeux m'offrait l'image: mais bientôt ces impressions légères s'effaçaient dans l'uniformité du mouvement continu qui me berçait, et qui sans aucun concours actif de mon âme ne laissait pas de m'attacher au point qu'appelé par l'heure et par le signal convenu je ne pouvais m'arracher de là sans effort.

Les Rêveries du promeneur solitaire, 1782.
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# Posté le jeudi 16 avril 2009 12:46

"Au commencement était le verbe!": Faust de Goethe.

"Au commencement était le verbe!": Faust de Goethe.
CABINET D'ÉTUDE


FAUST (entrant avec le barbet)

J'ai quitté les champs et les prairies qu'une nuit profonde environne. Je sens un religieux effroi éveiller par des pressentiments la meilleure de mes deux âmes. Les grossières sensations s'endorment avec leur activité orageuse ; je suis animé d'un ardent amour des hommes, et l'amour de Dieu me ravit aussi. Sois tranquille, barbet; ne cours pas çà et là auprès de la porte ; qu'y flaires-tu ? va te coucher derrière le poêle ; je te donnerai mon meilleur coussin ; puisque là-bas, sur le chemin de la montagne, tu nous as récréés par tes tours et par tes sauts, aie soin que je retrouve en toi maintenant un hôte parfaitement paisible.

Ah! dès que notre cellule étroite s'éclaire d'une lampe amie, la lumière pénètre aussi dans notre sein, dans notre c½ur rendu à lui-même. La raison commence à parler, et l'espérance à luire ; on se baigne au ruisseau de la vie, à la source dont elle jaillit.

Ne grogne point, barbet! Les hurlements d'un animal ne peuvent s'accorder avec les divins accents qui remplissent mon âme entière. Nous sommes accoutumés à ce que les hommes déprécient ce qu'ils ne peuvent comprendre, à ce que le bon et le beau, qui souvent leur sont nuisibles, les fassent murmurer ; mais faut-il que le chien grogne à leur exemple?... Hélas! Je sens déjà qu'avec la meilleure volonté, la satisfaction ne peut plus jaillir de mon c½ur...

Mais pourquoi le fleuve doit-il sitôt tarir, et nous replonger dans notre soif éternelle? J'en ai trop fait l'expérience !

Cette misère va cependant se terminer enfin ; nous apprenons à estimer ce qui s'élève au-dessus des choses de la terre, nous aspirons à une révélation, qui nulle part ne brille d'un éclat plus pur et plus beau que dans le Nouveau Testament. J'ai envie d'ouvrir le texte, et m'abandonnant une fois à des impressions naïves, de traduire le saint original dans la langue allemande qui m'est si chère. (Il ouvre un volume, et s'arrête. ) Il est écrit : Au commencement était le verbe! Ici je m'arrête déjà! Qui me soutiendra plus loin ?

Il m'est impossible d'estimer assez ce mot, le verbe! il faut que je le traduise autrement, si l'esprit daigne m'éclairer.

Il est écrit : Au commencement était l'esprit !. Réfléchissons bien sur cette première ligne, et que la plume ne se hâte pas trop! Est-ce bien l'esprit qui crée et conserve tout? Il devrait y avoir: Au commencement était la force! Cependant tout en écrivant ceci, quelque chose me dit que je ne dois pas m'arrêter à ce sens. L'esprit m'éclaire enfin! L'inspiration descend sur moi, et j'écris consolé : Au commencement était l'action !

S'il faut que je partage la chambre avec toi, barbet, cesse tes cris et tes hurlements! Je ne puis souffrir près de moi un compagnon si bruyant: il faut que l'un de nous deux quitte la chambre ! C'est malgré moi que je viole les droits de l'hospitalité ; la porte est ouverte, et tu as le champ libre. Mais que vois-je ? Cela est-il naturel? Est-ce une ombre, est-ce une réalité? Comme mon barbet vient de se gonfler! Il se lève avec effort, ce n'est plus une forme de chien. Quel spectre ai-je introduit chez moi ? Il a déjà l'air d'un hippopotame, avec ses yeux de feu et son effroyable mâchoire. Oh! je serai ton maître! Pour une bête aussi infernale, la clef de Salomon m'est nécessaire.

Faust de Goethe.
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# Posté le samedi 28 mars 2009 16:59

Les énigmes de l'âme slave...

Les énigmes de l'âme slave...
Et quelle finesse , quelle force ne sent-on pas dans tout ce qui sort des profondeurs de la Russie , [...] ; où règne l'esprit russe , vif , hardi , primesautier , cet esprit qui n'a pas sa langue dans sa poche , ne couve pas ses mots comme une poule ses poussins.
Nicolas Gogol, Les âmes mortes -1842.

# Posté le samedi 17 janvier 2009 13:21

Modifié le samedi 17 janvier 2009 15:43