Je vous conseille la correspondance de Flaubert, sans doute la plus torrentielle de l'histoire littéraire avec celle de Stendhal...

Je vous conseille la correspondance de Flaubert, sans doute la plus torrentielle de l'histoire littéraire avec celle de Stendhal...
Lettre à Guy de Maupassant

Trop de putains! trop de canotage! trop d'exercice !Oui, monsieur, il faut, entendez-vous, jeune homme, il faut travailler plus que ça. Tout le reste est vain, à commencer par vos plaisirs et votre santé; foutez-vous cela dans la boule.
Ce qui vous manque, ce sont les principes. On a beau dire, il en faut; reste à savoir lesquels. Pour un artiste, il y en a qu'un: tout sacrifier à l'Art. La vie doit être considérée par lui comme un moyen, rien de plus, et la première personne dont il doit se foutre, c'est de lui-même.

# Posté le jeudi 28 août 2008 18:12

Le divin Concerto NO. 1 pour piano (premier mouvement) de Tchaikovski interprété par Dimitris Sgouros !

" La musique met l'âme en harmonie avec tout ce qui existe "...

Oscar Wilde.

# Posté le lundi 25 août 2008 17:34

A l'Ouest rien de nouveau: "LE" Roman de la grande guerre...

A l'Ouest rien de nouveau: "LE" Roman de la grande guerre...
Non une ode aux faits des héros nationaux, non une exaltation des agissements de vaillants guerriers, A l'Ouest, rien de nouveau est un écrit sous forme d'un journal de route d'un simple fantassin. Poignant, sobre, réaliste et d'un pacifisme bouleversant, ce livre narre à travers une succession de tableaux la vie quotidienne des jeunes combattants. Sans doute l'un des meilleurs écrits qui peignent dans une tragique mise à nu la psychologie de l'homme pris dans la guerre A l'Ouest, rien de nouveau est tout d'abord un porte-parole des anonymes victimes des grands conflits barbares du XX siècles. Voici un extrait qui est très puissant, sans doute de par son universalisme :

Je suis jeune, j'ai vingt ans; mais je ne connais de la vie que le désespoir, l'angoisse, la mort et l'enchaînement de l'existence la plus superficielle et la plus insensée à un abîme de souffrances. Je vois que les peuples sont poussés l'un contre l'autre et se tuent sans rien dire, sans rien savoir, follement, docilement, innocemment. Je vois que les cerveaux les plus intelligents de l'univers inventent des paroles et des armes pour que tout cela se fasse d'une manière encore plus raffinée et dure encore plus longtemps. Et, tous les hommes de mon âge, ici et de l'autre côté, dans le monde entier, le voient comme moi; c'est la vie de ma génération, comme c'est la mienne. Que feront nos pères si, un jour, nous nous levons et nous nous présentons devant eux pour réclamer des comptes? Qu'attendent-ils de nous lorsque viendra l'époque ou la guerre sera finie? Pendant des années nous n'avons été occupés qu'à tuer; ç'a été là notre première profession dans l'existence. Notre science de la vie se réduit à la mort. Qu'arrivera-t-il donc après cela? Et que deviendrons-nous?

A l'Ouest, rien de nouveau
, Erich Maria Remarque, page 272.

# Posté le mercredi 20 août 2008 17:00

Modifié le mardi 06 janvier 2009 15:50

Le complexe de l'élitisme...

Le complexe de l'élitisme...
Le complexe de l'élitisme.

Si l'artiste ne travaille pas pour une élite, alors pourquoi identifier si souvent l'expérience artistique à une démarche dite élitiste et donc discriminatoire ?
[...]
Le problème vient du fait qu'il ne suffit pas toujours de savoir parler la langue du pays pour savoir y faire de vraies rencontres, de même il ne suffit pas de savoir lire pour jouir du plaisir du livre, il ne suffit pas d'avoir gratuitement accès à des tableaux pour savoir les regarder.
Il faut autre chose.
Et c'est l'identification de cet « autre chose » qui fait la difficulté. L'on peut penser que cet « autre chose » s'apparente à l'éducation et aux connaissances; pour apprécier un tableau, il faut savoir des choses et appartenir à un milieu culturel ou l'on « sait », mais nous avons vu que l'érudit avec sa volonté systématique de savoir n'était pas plus avancé que l'abruti dans cette épreuve modificatrice de soi qui propose à certains; la puissance d'une oeuvre ne se transmet qu'a ceux qui sont des connaisseurs, penser que ce « quelque chose » qui manquerait aux « débutants » ou aux « ignorants » dessinerait la différence entre les élus et les non élus, c'est se méprendre sur la puissance de l'art, l'ouverture des sensibilités, et comme souvent à force de vouloir dénoncer l'élitisme, le promouvoir. Ce ne sont pas les ouvres qui choisissent leurs spectateurs et qui décident à leur place qui est apte ou inapte, il existe dans la vie sociale bien d'autres lieux et d'autre formes de sélection et de constitution des élites. En revanche, ce « quelquechose » qu'il faut sans doute chercher et qui fait la différence entre les êtres dans leurs rapports à l'art et à la culture, c'est sans doute la recherche du plaisir. Sa recherche, non pas son accès immédiat. Autre chose de chercher à se montrer cultivé, intelligent, riche et savant; autre chose de chercher à faire du mode sensible par lequel on perçoit le monde un mode d'intensification de soi-même. La recherche du plaisir non pas nécessairement immédiat, automatique, obligatoire, mais la quête en soi et e dehors de soi d'une réconciliation sensible avec le monde, c'est sans doute là que se joue la véritable élection.


L'intelligence sensible
Page 118.

Christine Cayol (professeur de philosophie et auteur de l'Art en Espagne de 1936 à 1996).

# Posté le vendredi 30 mai 2008 07:44

Modifié le mardi 06 janvier 2009 15:51

"Que voulez-vous, je suis un homme de loi. C'est pourquoi je ne peux me libérer du mal.": Franz Kafka.

"Que voulez-vous, je suis un homme de loi. C'est pourquoi je ne peux me libérer du mal.": Franz Kafka.
Le Journal de Kafka se révèle d'une importance capitale pour comprendre l'oeuvre et surtout la personnalité de cet écrivain dont l'existence fût mue pas une dialectique de la douleur qui portait l'homme sans cesse aux extrêmes de sa pensée pendant cette époque de terreur et de crise.
A mon sens Kafka ne cherche dans ses confessions qu'à être vrai et intègre et son écriture y est particulièrement expressive.
Il clama ainsi: "Que voulez-vous, je suis un homme de loi. C'est pourquoi je ne peux me libérer du mal."
Je me permets donc de vous conseiller la lecture de son journal, très descriptif de la vie spirituelle et solitaire de celui qu'on surnomma " Le taciturne". Voici un extrait qui est à mon sens assez poignant.

Les difficultés qu'il y a à achever un texte, même court, ne tiennent pas à ce que notre sentiment exige pour la fin du morceau une ardeur que le contenu réel n'a pas pu engendrer jusque-là par ses propres moyens; elles naissent plutôt de ce que le texte le plus court exige de l'auteur un contentement de soi, un abandon à soi-même d'où il est difficile, en l'absence d'une forte résolution ou d'une stimulation extérieure, de sortir pour respirer l'air d'une journée banale, si bien que, poussé par l'inquiétude, on préfère prendre la fuite plutôt que de terminer rondement le texte et d'avoir le droit de glisser sans bruit jusqu'en bas; après quoi il faut achever positivement le fin de l'extérieur, avec des mains qui non seulement doivent travailler, mais encore ne pas lâcher prise.

Franz Kafka, Journal, Page 190.
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# Posté le vendredi 30 mai 2008 07:37