L'Aveuglement français...

« S'il fallait désigner une catégorie de Français qui détestent le libéralisme plus encore que les autres, alors ce seraient les politiques. Presque tous consacrent une partie de leur activité à dénoncer ses prétendus méfaits. Aucun grand ténor ne le tient en estime (...) et depuis la Libération - en fait depuis les années vingt - personne, à droite ni à gauche, ne s'est jamais tenu à une politique libérale.
A gauche comme à droite cette allergie au libéralisme est d'autant plus curieuse que les deux camps pourraient y retrouver des racines et y nourrir un projet : la gauche, revendiquant l'héritage des grands mouvements de lutte contre la tyrannie, devrait aimer le mot même de "libéralisme", la promesse de progrès qu'il porte en lui, son culte de la différence. La droite, plus soucieuse, elle, d'ordre et d'épanouissement personnel, devrait chérir cette doctrine fondée sur un droit à la réussite garantissant la stabilité sociale. L'une et l'autre devraient y trouver, surtout, comme le montrent les expériences étrangères, les moyens et les instruments pour enfin lutter efficacement contre le chômage qu'elles dénoncent justement comme le fléau de notre temps, le cancer de notre pays.
Pourquoi cet aveuglement collectif de la gent politique, qui entretient celui du pays ? [...] »


Extrait de L'Aveuglement français, de Philippe Manière, 1988.

# Posté le lundi 18 février 2008 13:50

La Vème République: un régime démocratique hybride...

La V République est-elle présidentielle ou parlementaire ? Sur cette interrogation lancinante existent mille et unes variations qui finissent par a'apparenter à une discussion sur le sexe des anges. Car cette république androgyne ne répond pas strictement aux canons de la beauté constitutionnelle classique. Du modèle présidentiel classique, elle tire les traits d'un chef d'Etat désigné par le peuple et titulaire de compétences importantes, irresponsable de surcroît. Du modèle parlementaire, elle possède la structure gouvernementale, le principe de responsabilité ministérielle, le droit de dissolution de l'Assemblée nationale. Bref, comme la chauve-souris de la fable, la Constitution de la Ve République serait tantôt souris tantôt oiseau. Si le débat reste cantonné sur le plan juridique et par rapport aux deux idéaux types fixés par la doctrine du XIXè siècle (le modèle parlementaire de type américain), il ne peut être tranché [...]. Il faut accepter l'idée qu'entre les deux pôles constitués par les régimes anglais et américain se situe un continuum le long duquel se situent les différents systèmes politiques [...] Rendons-nous à l'évidence : la Vè République est un régime bâtard.*

Yves Mény, Le Système politique français.
Monchrestien, 1999, pp. 18-19

*Les constitutionalistes utilisent le terme plus « soft » qui est un régime mixte !

La Vème République créa d'abord une unipolarisation, puis une bipolarisation pour enfin revenir au point initial : cette unipolarisation déplorable de la vie politique!
Il est clair qu'avec la réforme de quinquennat le caractère présidentiel du régime s'accentua : les petits partis suffoquant, le Président de la République acquiert une telle autorité qu'il devient in fine plus puissant que l'ensemble du Parlement, alors que l'exécutif, selon le principe de la séparation des pouvoirs, doit clairement avoir un contre-pouvoir conséquent dans le corps législatif !

Il est donc temps d'en finir avec cette « exception française » hic et nunc !

# Posté le samedi 16 février 2008 05:17

Si c'est un Homme

Si c'est un Homme

Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis
Considérez si c'est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connait pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui pour un non.
Considérez si c'est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu'à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N'oubliez pas que cela fut,
Non, ne l'oubliez pas:
Gravez ces mots dans votre coeur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant;
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s'écroule;
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.



Poème de Primo Levi

# Posté le lundi 11 février 2008 16:37

« Détruire la concurrence, c'est tuer l'intelligence. » Bastiat, encore, toujours ...

« Détruire la concurrence, c'est tuer l'intelligence. » Bastiat, encore, toujours ...
«Dans trois ans tous les Français peuvent savoir lire. Croyez-vous que nous en serons plus avancés ? Imaginez au contraire que, dans chaque commune, il y ait un bourgeois, un seul, ayant lu Bastiat, et que ce bourgeois-là soit respecté, les choses changeraient !»

Flaubert à George Sand, 7 octobre 1871

# Posté le lundi 11 février 2008 16:22

Modifié le lundi 11 février 2008 16:47

La volonté générale confisquée

Toute vision transparente de la démocratie suggère que les décisions politiques soient prises par les élus ou directement par le peuple. Cette réalité se trouve, en France, habilement et systématiquement contournée. La raison en tient à la spécificité française en matière particulière étant faite aux « grandes écoles » (au premier rang l'ENA, mais aussi Polytechnique et HEC) dans les recrutements des décisionnaires. Ainsi n'est-il pas étonnant de relever ce qui serait inacceptable dans les autres pays développés, qu'en France les entreprises publiques et privées sont souvent managées par de hauts fonctionnaires. Ainsi le conseil d'administratives de la BNP compte seize personnes, sept sont des énarques, deux des polytechniciens. Sur ces neuf, cinq sont passés par des cabinets ministériels. [...] La nomenclature française existe et sévit dans toutes les activités importantes du corps social en préservant son quasi-monopole par un puissant réseau d'anciens. Outre ce constat, il convient d'observer que les lois qui constituent les normes les plus importantes de notre ordre juridique, sont des produits hautement sophistiqués conçus par des technocrates peu ou pas contrôlés. Plus de huit sur six proviennent d'initiatives gouvernementales : exit les représentants du peuple ! Préfabriqués dans le silence des cabinets ministériels, ces projets de lois sont soumis au vote d'une majorité acquise par principe. [...] La mise œuvre de ces textes est ensuite subordonnée à la confection de décrets et autres arrêtés d'applications laissées au bon vouloir des ministères et de l'administration. Ainsi se trouve-t-on dans une situation étonnante : les règles de droit confectionnées par des hauts fonctionnaires sont majoritairement approuvées par de hauts fonctionnaires pour être mises en œuvre par des hauts fonctionnaires. Kafka ne pouvait rêver mieux ! Telles sont les caractéristiques principales de la technocratie, « système politique au sein duquel la haute fonction publique utilise son savoir et sa compétence pour exercer à la place de la classe politique la réalité du pouvoir », le savoir se substituant au suffrage universel comme source du pouvoir .

Jacques Baguenard, Les sept défauts majeurs de la démocratie in Autour de la démocratie aux Etats-Unis et en Europe occidentale de 1918 à 1989,
Ellipses, 1999,
pages 65-66
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# Posté le dimanche 10 février 2008 14:51

Modifié le lundi 11 février 2008 16:33