Frédéric Bastiat : «L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde»

Frédéric Bastiat : «L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde»
On peut dire que l'économie, sous la plume de Frédéric Bastiat passa de la «science lugubre» à un «gai savoir» !
Paru en 1848 le pamphlet intitulé l'Etat est particulièrement frappant! Je vous propose ici un extrait de l'oeuvre de ce grand penseur libéral qui est sans contestation aucune l'un des économistes les plus brillants! :

« Comme il est certain, d'un côté, que nous adressons tous à l'État quelque requête semblable, et que, d'une autre part, il est avéré que l'État ne peut procurer satisfaction aux uns sans ajouter au travail des autres, en attendant une autre définition de l'État, je me crois autorisé à donner ici la mienne. Qui sait si elle ne remportera pas le prix? La voici:

L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde.

Car, aujourd'hui comme autrefois, chacun, un peu plus, un peu moins, voudrait bien profiter du travail d'autrui. Ce sentiment, on n'ose l'afficher, on se le dissimule à soi-même; et alors que fait-on? On imagine un intermédiaire, on s'adresse à l'État, et chaque classe tour à tour vient lui dire: « Vous qui pouvez prendre loyalement, honnêtement, prenez au public, et nous partagerons. » Hélas! l'État n'a que trop de pente à suivre le diabolique conseil; car il est composé de ministres, de fonctionnaires, d'hommes enfin, qui, comme tous les hommes, portent au c½ur le désir et saisissent toujours avec empressement l'occasion de voir grandir leurs richesses et leur influence. L'État comprend donc bien vite le parti qu'il peut tirer du rôle que le public lui confie. Il sera l'arbitre, le maître de toutes les destinées: il prendra beaucoup, donc il lui restera beaucoup à lui-même; il multipliera le nombre de ses agents, il élargira le cercle de ses attributions; il finira par acquérir des proportions écrasantes.

Mais ce qu'il faut bien remarquer, c'est l'étonnant aveuglement du public en tout ceci. Quand des soldats heureux réduisaient les vaincus en esclavage, ils étaient barbares, mais ils n'étaient pas absurdes. Leur but, comme le nôtre, était de vivre aux dépens d'autrui; mais, comme nous, ils ne le manquaient pas. Que devons-nous penser d'un peuple où l'on ne paraît pas se douter que le pillage réciproque n'en est pas moins pillage parce qu'il est réciproque; qu'il n'en est pas moins criminel parce qu'il s'exécute légalement et avec ordre; qu'il n'ajoute rien au bien-être public; qu'il le diminue au contraire de tout ce que coûte cet intermédiaire dispendieux que nous nommons l'État?

Et cette grande chimère, nous l'avons placée, pour l'édification du peuple, au frontispice de la Constitution. »
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# Posté le samedi 26 janvier 2008 16:47

Sarkozy : pour la rupture, on repassera...

Nicolas Sarkozy a tenu sa conférence de presse de rentrée. Alors que ses discours lors de la campagne électorale pouvaient nous faire attendre des réformes de fond (certes sans illusion, comme nous l'avions dit à maintes reprises), nous constatons aujourd'hui que le nouveau Président de la République se complait fort bien dans l'immobilisme.

Son discours d'hier est, à cet égard, consternant :
. Emploi : rien sur l'allègement du code du travail, des charges sociales...
. Rien sur la réforme de l'assurance maladie
. Rien sur la réforme des retraites
. Rien sur la fiscalité et l'épargne (excepté une nouvelle taxe pour financer France Télévisions)
. Rien sur la réforme du syndicalisme, pourtant préalable à toute autre réforme


Nicolas Sarkozy semble donc inconscient des principales préoccupations des Français au quotidien. Où est la rupture ?

Les seules mesures annoncées sont des gadgets bureaucratiques et coûteux.

Citons entre autres :

- Une mission sur la croissance confiée à deux Prix Nobel : Les deux Prix Nobel retenus pour cette mission ne sont certainement pas ceux dont les idées permettront de relancer la croissance française. Joseph Stiglitz est l'idole des mouvements altermondialistes dans le monde entier. Quand à Amartya Sen, il ne cache pas ses convictions fortement ancrées à gauche. Nicolas Sarkozy ne savait donc pas comment relancer la croissance lorsqu'il briguait les suffrages des Français ?

- Un possible arrêt de la culture des OGMs : Aucun danger relatif à la consommation d'Organismes Génétiquement Modifiés n'a jamais été prouvé. Tous les grands pays développés à travers le monde poursuivent des politiques de culture et de recherche sur les OGM. En les interdisant, Nicolas sarkozy céderait à l'une revendication infondée des mouvements écologistes d'êxtrême-gauche.

- La suppression de la publicité sur les chaines de télévision publiques : Nicolas Sarkozy fait sienne une idée que l'on n'entendait jusqu'à présent que dans les milieux d'extrême-gauche. Il souhaite en effet taxer les chaînes privées, les fournisseurs d'accès Internet et les opérateurs de téléphonie mobile pour financer les chaînes publiques. Si on avait laissé le choix aux consommateurs entre conserver la publicité sur les chaînes publiques et se faire taxer sur les autres services qu'ils utilisent, qu'auraient-ils répondu ?


- Une politique industrielle relancée à l'aide de la Caisse des Dépôts et un protectionnisme assumé : L'idée même de "politique industrielle" est absurde. Les hommes de l'Etat n'ont jamais été et ne peuvent pas être de bons entrepreneurs, car leur destin n'est pas lié à leurs résultats dans l'entreprise. Croire en l'illusion d'un Etat entrepreneur, c'est croire en la justification et l'efficacité de la collectivisation des ressources et de la planification centralisée. L'Histoire a pourtant déjà tranché. Quand au protectionnisme, il pénalise tous les consommateurs ainsi que les concurrents français des entreprises protégées.

Les propositions avancées lors de cette conférence de presse sont inquiétantes pour l'avenir puisque Nicolas Sarkozy semble avoir renoncé à toute volonté de réformer. Seulement 8 mois après son élection, ce discours interventionniste laisse peu d'espoir pour les années à venir. Il est vrai qu'à l'approche des élections municipales comme de toute élection, les hommes politiques ont tendance à en faire le moins possible pour minimiser les risques, mais ne nous faisons pas d'illusion : la société civile va devoir mettre une pression fantastique sur ses gouvernants.

AL

# Posté le samedi 19 janvier 2008 13:27

Modifié le samedi 19 janvier 2008 13:39

Le cimetière des innocents d'Alexandre Yakovlev, à lire!

Le cimetière des innocents d'Alexandre Yakovlev, à lire!
Présentation de l'éditeur
Au début des années 90, alors que l'empire s'écroule et qu'on croyait tout savoir sur la terreur soviétique, les archives les plus secrètes du régime, du Comité central, du KGB et de la Guépéou vont devenir accessibles pendant une courte période de temps et révéler une barbarie insoupçonnée. Alexander Yakovlev est alors un ancien responsable du régime chargé, sous Gorbatchev, de recenser et de réhabiliter les victimes du communisme dans son pays. De ces archives, il tirera cet inventaire méthodique et détaillé des crimes du système soviétique, de l'époque de Lénine jusqu'à la perestroïka. Il y dénonce la prédilection de Lénine pour les prises d'otages, considérées comme un moyen de consolider le système ; les mauvais traitements de près d'un demi-million de prisonniers de guerre, rentrés au pays après la guerre finno-soviétique ; les terrifiants échanges entre Staline et Romain Rolland sur la punition des enfants et des adolescents ; les nombreuses intrigues et dénonciations visant divers artistes et écrivains ; la persécution des compagnies théâtrales et des cinéastes dans les années 30 ; le sort réservé à la minorité coréenne ; les préparatifs de la déportation des Juifs à l'époque du "complot des blouses blanches", juste avant la mort de Staline... Il revient sur les mesures de répression touchant les minorités ethniques ou nationales dirigées notamment contre les Ukrainiens, les Allemands de la Volga, les Tatars de Crimée, les Ingouches, et étudie - de façon particulièrement pertinente aujourd'hui - les mauvais traitements infligés dès les années 30 par les Soviétiques aux Tchétchènes. Cet ouvrage n'a rien d'un compte rendu clinique et froid. Fondé à la fois sur l'expérience personnelle de l'auteur et sur l'accès privilégié qu'il a pu avoir à certaines sources, c'est un cri de révolte et de honte lancé au soir de sa vie par un homme brisé par ses découvertes.

Biographie de l'auteur
Membre du Parti communiste de l'Union soviétique dès 1943, Alexander Yakovlev a travaillé au sein du Comité central puis du Politburo. Ambassadeur soviétique au Canada, proche conseiller de Mikhaïl Gorbatchev, il est considéré comme un élément-clé dans la fermentation intellectuelle et spirituelle qui a conduit son pays à la perestroïka et à la glasnost. Il s'est éteint à l'automne 2005, à l'âge de 81 ans.

Voici quelques lignes qui vont probablement vous mettre en appétit! :

Staline et les autres bolcheviks ont menti en prétendant que la Russie de Tolstoï et Stolypine accusait cent ans de retard sur l'occident. Elle était en train de rattraper ce retard. Ce n'et donc pas que la Russie était attardée : c'est plutôt que les bolcheviks lui ont brisé les jambes, lui ont fracassé la cervelle, et l'ont poussée à faire machine arrière. Par le biais d'une inquisition totale, c'est la fine fleur de la nation qui a été anéantie : des aristocrates, des marchands, des officiers, des professeurs et d'autres encore (ou, selon les termes de Lénine, toute cette "intelligentsia de merde"), étiquetés comme des sorcières, suivant leur degré de culpabilité. Un procès en sorcellerie qui a duré soixante-dix ans. Un camp de concentration qui a eu pour nom socialisme.

Avez-vous oublié à quoi ressemblait la vie sur cette "terre de joie" ? Vous achetiez une bouteille de vodka - le bonheur -, un bout de saucisse, ou mieux encore, une paire de bottines pour femme ou un réfrigérateur - autant d'occasions de fêtes débridées, dans un flot d'alcool. Pas question d'échapper à la viande avariée et aux patates pourries - aucune aide non plus à attendre de la part des indicateurs et pas moyens de se libérer de ces débats dénonciateurs au sein du Parti et des commissions syndicales pour savoir qui ... et comment ... et avec la femme de qui. Le Maréchal Joukov et le metteur en scène de théâtre Georgy Tovstonogov avaient des chambres à coucher pleines de micros. Nos maîtres avaient l'esprit inquisiteur, une soif de connaissance.

En URSS et en Russie, la réforme s'est avérée un processus compliqué au plan politique et économique, et encore plus au plan psychologique. En nous efforçant de réformer le pays, nous avons beaucoup sous-estimé cette difficulté (et je fais partie du lot) - surtout l'état psychologique de cette société, qui s'est révélée plus inerte, plus indifférente et plus dépendante que nous ne l'avions imaginé. Encore à ce jour, beaucoup de gens attachent leurs espoirs à un grand homme, à une idole, et ils rêvent de dirigeants "forts". Et nous y voici : l'"énigme" de l'âme russe.

pages 48 et 49.
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# Posté le mardi 15 janvier 2008 13:52

Modifié le samedi 02 février 2008 06:04

RON PAUL 2008, HOPE FOR AMERICA

RON PAUL  2008, HOPE FOR AMERICA
Congressman Ron Paul is the leading advocate for freedom in our nation's capital. As a member of the U.S. House of Representatives, Dr. Paul tirelessly works for limited constitutional government, low taxes, free markets, and a return to sound monetary policies. He is known among his congressional colleagues and his constituents for his consistent voting record. Dr. Paul never votes for legislation unless the proposed measure is expressly authorized by the Constitution.In the words of former Treasury Secretary William Simon, Dr. Paul is the “one exception to the Gang of 535” on Capitol Hill.

Ron Paul was born and raised in Pittsburgh, Pennsylvania. He graduated from Gettysburg College and the Duke University School of Medicine, before proudly serving as a flight surgeon in the U.S. Air Force during the 1960s. He and his wife Carol moved to Texas in 1968, where he began his medical practice in Brazoria County. As a specialist in obstetrics/gynecology, Dr. Paul has delivered more than 4,000 babies. He and Carol, who reside in Lake Jackson, Texas, are the proud parents of five children and have 17 grandchildren.

While serving in Congress during the late 1970s and early 1980s, Dr. Paul's limited-government ideals were not popular in Washington. In 1976, he was one of only four Republican congressmen to endorse Ronald Reagan for president.

During that time, Congressman Paul served on the House Banking committee, where he was a strong advocate for sound monetary policy and an outspoken critic of the Federal Reserve's inflationary measures. He was an unwavering advocate of pro-life and pro-family values. Dr. Paul consistently voted to lower or abolish federal taxes, spending and regulation, and used his House seat to actively promote the return of government to its proper constitutional levels. In 1984, he voluntarily relinquished his House seat and returned to his medical practice.

Dr. Paul returned to Congress in 1997 to represent the 14th congressional district of Texas. He presently serves on the House Committee on Financial Services and the House Committee on Foreign Affairs. He continues to advocate a dramatic reduction in the size of the federal government and a return to constitutional principles.

Congressman Paul's consistent voting record prompted one of his congressional colleagues to say, “Ron Paul personifies the Founding Fathers' ideal of the citizen-statesman. He makes it clear that his principles will never be compromised, and they never are.” Another colleague observed, “There are few people in public life who, through thick and thin, rain or shine, stick to their principles. Ron Paul is one of those few.”

Ron Paul 2008

# Posté le mercredi 19 décembre 2007 07:23

Le libéralisme politique, clef du XXIe siècle

Le libéralisme politique, clef du XXIe siècle
La mondialisation, qui est au principe du XXIe siècle, a fait entrer les hommes dans l'âge de la société et de l'histoire universelles. Cette nouvelle ère est caractérisée par l'intégration planétaire des marchés et la révolution des technologies de l'information d'une part, l'hétérogénéité des valeurs, l'instabilité d'un monde multipolaire et la montée de risques planétaires d'autre part. Elle a connu trois moments.

Ses prémices datent de 1979, année clef qui vit l'invasion de l'Afghanistan et l'élection de Jean-Paul II à la papauté marquer le début de la fin de l'Union soviétique, la chute du shah d'Iran ramener la religion et la théocratie sur le devant de la scène mondiale, les quatre révolutions lancées par Deng Xiaoping initier le décollage des superpuissances démographiques du Sud, enfin l'arrivée au pouvoir de Mme Thatcher et la stratégie monétariste arrêtée par Paul Volcker à la tête de la FED acter la mort de la régulation keynésienne et préparer le retour d'une norme libérale de fonctionnement du capitalisme. Le deuxième acte intervint en 1989, avec la chute du mur de Berlin et du soviétisme qui mirent fin au siècle des idéologies et inaugurèrent une décennie à la fois miraculeuse et perdue, où la toute-puissance des démocraties fut consacrée à la dilapidation des dividendes de la paix à l'exclusion de tout effort d'organisation ou de stabilisation du monde de l'après-guerre froide. Le troisième temps a débuté le 11 septembre 2001, placé sous le signe des trois sorcières qui composent la trame de l'histoire réelle : la guerre - redevenue centrale dans la vie des démocraties et notamment des Etats-Unis -, la révolution - qui se décline le plus souvent dans un sens hostile à la liberté -, les crises économiques - avec pour dernier avatar le choc de défiance qui frappe les marchés des pays développés depuis l'été 2007.

La mondialisation marque la fin du monopole que l'Occident détient depuis le XVIIe siècle sur l'histoire du monde. Monopole politique de la démocratie, monopole économique du marché, monopole scientifique des technologies, monopole intellectuel de la modernité. Ce que les tiers-mondistes avaient rêvé et sinistrement manqué, en livrant à l'oppression et à la ruine les populations du Sud, la mondialisation l'a fait. Les Etats-Unis restent la seule puissance globale, mais relative et non plus absolue, contestée par le surgissement de la Chine et de l'Inde ou le raidissement de la Russie de Vladimir Poutine sur le plan géopolitique, menacée par l'islamisme dont l'emprise s'étend sur tout l'espace arabo-musulman, défaite en Irak et contestée en Afghanistan sur le plan militaire, dépendante de la Chine au plan industriel et financier. Pour la première fois depuis le XVIIIe siècle, le Sud représente en 2007 la moitié de la production mondiale ; la Chine, l'Inde et la Russie génèrent la majorité de la croissance mondiale ; les fonds souverains des pays émergents rassemblent 3.000 milliards de dollars, soit une force de frappe équivalente au PIB de l'Allemagne. Partout la croissance est proportionnelle au degré d'ouverture des économies (les exportations atteignent 25 % du PIB de la Chine pour une croissance de 10,5 % par an) et la réduction de la pauvreté est fonction de la croissance (plus de 400 millions de personnes sont sorties de la pauvreté en Chine et en Inde depuis dix ans). A l'inverse des chocs asymétriques des années 1990 qui affectaient l'Amérique latine, l'Asie ou la Russie pour être réassurée par les Etats-Unis, la crise financière de 2007 prend racine et se propage au sein du monde développé, aspirant l'Europe et le Japon dans une spirale récessive, quand les marché émergents poursuivent leur développement.

Le XXIe siècle est donc résolument global et multipolaire. Cela n'implique nullement qu'il soit stable, pacifique et démocratique. Et ce pour au moins quatre raisons. La première découle de la dialectique de la mondialisation. Plus les marchés et les technologies sont universels, plus les identités s'exacerbent, plus l'hétérogénéité des valeurs et des principes se renforce. Dans la société ouverte et l'ère de la communication instantanée, les intérêts ne brident pas les passions mais les démultiplient. Or, deuxième évolution marquante, ces passions ne peuvent plus être encadrées et régulées par les seuls Etats. Contournés par le haut, avec la mondialisation et les jalons de société internationale, par le bas du fait de l'autonomie croissante des acteurs économiques et sociaux comme des entités non ou subétatiques, les Etats ont perdu le monopole de l'action internationale, de l'exercice de la violence légitime, de la levée de l'impôt, voire du contrôle de tout ou partie de leur territoire et de leur population. Troisième constat, liberté économique et liberté politique sont de plus en plus asymétriques : si le XXe siècle a démontré qu'il n'existait pas de liberté politique sans liberté économique, le XXIe siècle multiplie les formes de capitalisme déconnectées de la démocratie : total capitalisme chinois ; soviet-capitalisme russe ; narco-capitalisme en Amérique centrale ou latine ; gangstéro-capitalisme ou capitalisme de guerre civile en Asie centrale ou en Afrique. Tous les continents témoignent de l'écart qui se creuse entre exercice du suffrage universel et démocratie ou Etat de droit, capitalisme et économie de marché. Enfin, quatrième aspect, la mondialisation accuse la concurrence pour l'accès aux ressources stratégiques - énergie et matières premières mais aussi eau ou terre -, en même temps qu'elle génère des risques planétaires excédant les capacités d'action des Etats (chocs systémiques sur les marchés, environnement, changement climatique, épidémies, catastrophes naturelles...).

Dès 1960, dans une conférence prononcée à Londres, Raymond Aron avait décrit les principes et résumé le dilemme central de l'âge de l'histoire universelle : « Jamais les hommes n'ont eu autant de motifs de ne plus s'entre-tuer. Jamais ils n'ont eu autant de motifs de se sentir associés dans une seule et même entreprise. Je n'en conclus pas que l'âge de l'histoire universelle sera pacifique. Nous le savons, l'homme est un être raisonnable, mais les hommes le sont-ils ? » Parce qu'il fait le double pari du primat de la liberté et de la raison des hommes, le libéralisme politique est la seule doctrine qui permette à la fois de tirer tout le parti de l'extraordinaire potentiel que recèle la mondialisation et de maîtriser ses tensions et ses risques. Aux antipodes de la vision à fois fermée et impérialiste du néoconservatisme américain, le libéralisme politique revendique la valeur universelle de la liberté tout en l'ancrant au coeur des citoyens et des sociétés, tout en reconnaissant sa dimension nécessairement pluraliste. Fondé ultimement sur le respect des droits et de l'autonomie de l'individu, il est aussi ouvert et tolérant à la diversité des cultures et des croyances que ferme dans sa condamnation des prophètes de la violence, des démagogues ou des idéologues prompts à légitimer la tyrannie par un prétendu sens de l'histoire. Promoteur de l'équilibre des pouvoirs et de la modération dans l'exercice de l'autorité, il constitue le meilleur antidote à l'emballement des passions collectives ou au vertige de la démesure qui menacent toutes les nations - démocraties comprises. Parce qu'il fait reposer la liberté sur la vertu et l'engagement des hommes, il est indissociable de la patiente pédagogie qui érige les individus en citoyens, réconciliant ainsi l'individualisme contemporain avec l'engagement collectif et le sens de l'intérêt général. C'est donc bien le libéralisme politique qui décidera du cours violent ou pacifique de l'âge de l'histoire universelle.

Aux citoyens des démocraties, et notamment de la plus puissante d'entre elles, les Etats-Unis, il revient une responsabilité particulière du fait de leur rôle dans l'invention puis la défense de la liberté politique : ne pas la renier ou la dégrader, contrairement à l'action de l'administration Bush ; accepter de la partager avec les nations émergentes et de la voir acclimatée à des cultures différentes ; préserver leur unité pour assurer sa défense face à ses multiples contempteurs et adversaires.

Aux Européens, il revient de ne pas céder à la tentation de sortir et de l'histoire et de la production, tant l'Europe peut témoigner des bienfaits de cette liberté qu'elle a inventée, des tragédies et des drames qu'elle a endurés lorsqu'elle l'a rejetée, de la possibilité de faire vivre une conception pluraliste et ouverte des principes libéraux au sein de nations et de cultures très éloignées.

Aux Français, il revient de cesser de s'illusionner et de se complaire dans l'ambiguïté autour du libéralisme. L'exception historique française provient de la succession de déroutes et de phases d'effondrement abyssales puis de succès et de redressements météoriques. Les premières ont toujours correspondu à des phases de repli nationaliste, protectionniste et xénophobe ; les seconds à des périodes de retrouvailles avec la liberté, qu'elle se décline en institutions, en réformes économiques, en modernisation de la société, en ouverture internationale. Depuis un quart de siècle, la France a payé un prix très lourd à son opposition à la révolution de la liberté de 1989 puis à la nouvelle donne de la mondialisation. Son déclin est le produit d'une pensée unique, largement répandue au sein des élites, faite de corporatisme, d'étatisme, de protectionnisme, d'un nationalisme étroit et stérile. Une pensée unique qui a paupérisé les Français et mis la France au ban des démocraties développées comme de l'Europe. Voilà pourquoi la rupture n'est rien d'autre que le choix revendiqué de l'ouverture, de la concurrence, du marché, de l'accélération de la construction européenne et de l'insertion dans la mondialisation. Voilà pourquoi le redressement de la France est indissociable de la défense d'une conception pluraliste et ouverte, en un mot libérale, de la liberté. Pour retrouver l'orgueil de la France, il est grand temps que les Français et leurs dirigeants retrouvent l'orgueil de la liberté et la foi dans le libéralisme.

NICOLAS BAVEREZ est avocat et historien.

28/11/2007 - Les Echos

# Posté le mercredi 28 novembre 2007 08:18